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Claude

La canonisation des saints dans l'Église orthodoxe

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Les 1er et 2 mai 2004, a été célébrée à Paris, la « glorification » ou proclamation de la canonisation de cinq saints orthodoxes. C'est la première fois que le patriarcat œcuménique, dont le siège est à Istanbul et dont dépendent plusieurs communautés orthodoxes en France, canonise des personnes qui ont vécu une partie de leur vie en Europe occidentale. À cette occasion, nous avons demandé au P. Job Getcha [1], de nous présenter le sens de la sainteté dans l'Église orthodoxe et de nous présenter les cinq nouveaux saints.

Source : © Les Éditions du Cerf, Esprit & Vie

Appelés à être saints

L'Église orthodoxe ne fabrique pas de saints. La sainteté est le but, la direction, le sens de la vie chrétienne. Le chrétien vit dans l'Église qui est sainte. Le chrétien est oint, dans la chrismation, du sceau du don de l'Esprit Saint. Le chrétien répond à l'appel de Dieu, déjà formulé dans l'Ancien Testament où il est répété à cinq reprises : « Vous serez saints, car je suis saint » (Lv 11, 44-45 ; 19, 1 ; 20, 7 ; 20, 26). Cet appel a d'ailleurs été repris par l'apôtre Pierre dans sa première épître : « De même que celui qui vous a appelés est saint, vous aussi devenez saints dans toute votre conduite, parce qu'il est écrit : "Soyez saints, car je suis saint" » (1 P 1, 16). C'est de cet appel que parle saint Paul dans l'adresse de sa première épître à l'Église qui est à Corinthe, « à ceux qui ont été sanctifiés dans le Christ Jésus, appelés à être saints » (1 Co 1, 2).

Bien que la sainteté soit un appel lancé à tout croyant, l'Église reconnaît tout de même que certains hommes et certaines femmes ont mené une vie exemplaire et c'est pourquoi elle les retient comme modèles à suivre et les vénère. Déjà, bien avant l'avènement du Christ, le peuple d'Israël vénérait ses saints, ses justes. C'est ainsi, par exemple, que les tombes des patriarches étaient vénérées. Encore à la fin du ive siècle de notre ère, les tombes de Job, de Jephté, la grotte d'Élie, l'emplacement de la maison d'Abraham, le puits de Jacob, et bien d'autres lieux saints faisaient l'objet de pèlerinage, comme l'atteste la pèlerine occidentale Égérie dans son récit de voyage [2].

Les témoins du Christ

Dans l'Église des premiers temps, à l'époque des persécutions, l'idéal de la vie chrétienne se réalisait dans le martyre. En grec, le mot martys signifie « témoin ». Ainsi, le sens premier du mot « martyr » désigne un chrétien qui a rendu publiquement témoignage du Christ, et dont le témoignage n'a été étouffé ni par le froid, ni par le feu, ni par toutes sortes de tourments. Les martyrs sont bien évidemment morts pour le Christ à la suite de longues souffrances, mais leur sainteté s'illustre par le fait qu'ils ont tout abandonné pour témoigner du Christ. Ils incarnent ainsi l'appel du Seigneur dans l'Évangile : « Quiconque témoignera de moi devant les hommes, Je témoignerai de lui devant mon Père qui est aux cieux » (Mt 10, 32 ; Lc 12, 8). Les martyrs sont ainsi les premiers saints chrétiens et il n'est pas faux de dire que l'Église entière repose sur eux. Dès les premiers siècles, l'Église célébrait la mémoire de ses premiers martyrs en les commémorant le jour de leur mort comme celui de leur naissance aux cieux, en célébrant l'eucharistie sur leurs tombeaux et en inscrivant leur nom dans des listes de saints (martyrologes). Il n'y avait pas encore en ce temps de procédure de « canonisation » à proprement parler.

Avec l'édit de Milan (313) qui mit fin aux persécutions, les choses vont quelque peu changer. Ne pouvant témoigner du Christ de façon maximale en mourant pour lui dans une société qui tolérait désormais les chrétiens et qui deviendra officiellement chrétienne, des centaines d'hommes et de femmes vont quitter la société pour aller vivre l'Évangile au désert. C'est ainsi que le monachisme prit le relais du martyre. Une nouvelle forme de témoignage vit le jour. On ne témoignait plus du Christ par son sang en renonçant à sa vie, mais en renonçant au confort de la société, en menant une vie d'ascèse et de pauvreté. La Vie de saint Antoine le Grand, qui devint par la suite le modèle de l'hagiographie [3] chrétienne, nous dit que le père des moines, Antoine, quitta le monde pour le désert en voulant mettre en pratique les paroles du Christ sur la perfection : « Si tu veux être parfait, va, vends tout ce que tu possèdes et donne-le aux pauvres, et viens, suis-moi, et tu auras un trésor dans les cieux » (Mt 19, 21 [4]). Dès lors, plusieurs centaines d'hommes et de femmes imitèrent son genre de vie et, à leur tour, furent considérés comme des modèles de vertu. Différents recueils hagiographiques nous en font le portrait [5].

La communion des saints

Toutefois, la sainteté ne s'acquiert pas seulement au désert. De nombreux hommes et femmes, de toutes conditions, ont trouvé le salut dans des conditions très variées. C'est pourquoi l'Église reconnaît diverses catégories de saints qu'elle considère comme des modèles de vie chrétienne à cause du témoignage du Christ qu'ils ont apporté par leur vie vertueuse ou leur mort téméraire. Mais les saints ne sont pas seulement des modèles. Ils sont aussi des intercesseurs qui prient constamment pour nous et qui répondent à nos prières en accomplissant très souvent des miracles. L'union dans la prière de l'Église terrestre à l'Église céleste est justement appelée « communion des saints ».

Ainsi, dans la prière incessante des saints, l'Église distingue, après la très sainte Mère de Dieu et saint Jean le Baptiste, différents groupes de saints. Tout d'abord, il y a les saints prophètes qui ont annoncé la venue du Christ et les saints apôtres qui ont prêché l'Évangile par toute la terre. Mais l'Église accorde aussi le titre d' « égal-aux-apôtres » à certains évangélisateurs qui, bien que n'étant pas des apôtres du Christ, ont œuvré à la manière des apôtres. C'est le cas des saints Cyrille et Méthode qui ont évangélisé les Slaves et de saint Vladimir qui a christianisé la Russie kiévienne. Viennent ensuite les saints martyrs qui ont témoigné du Christ en mourant pour lui. L'Église réserve le titre de « confesseur » aux chrétiens qui ont également témoigné du Christ lors des persécutions, mais qui ne sont pas morts à la suite des blessures qu'ils ont endurées. Bien que la grande période de persécution prît fin en l'an 313, l'Église a connu plus tard d'autres vagues de persécutions et c'est pourquoi il y a eu d'autres martyrs après le IVe siècle. Généralement, le terme de « nouveau-martyr » désigne des martyrs de l'époque de la turquocratie [6] ou du joug communiste. L'Église vénère également les saints moines et les saintes femmes. Parmi eux, certains ont incarné la « folie pour le Christ » dont parle saint Paul (voir 1 Co 1, 18-25). On les désigne par le terme « fou-en-Christ ». Il y a aussi les « saints hiérarques », titre réservé aux saints évêques qui, en plus de la sainteté de leur vie, ont brillé par leurs prédications, leurs écrits et leur enseignement (tels saint Jean Chrysostome et saint Grégoire le Théologien) ou par leur zèle pastoral (tels saint Nicolas ou saint Jean l'Aumônier). Plus récemment, plusieurs prêtres mariés (tels saint Jean de Kronstadt ou saint Nicolas Planas) ont brillé par leur dévouement pastoral, leur enseignement et leur piété. L'Église leur accorde le titre de « juste ». Ce titre désigne également les patriarches et certains personnages de l'Ancien Testament (tel Job) et les saints laïcs (comme Joachim et Anne, Zacharie et Élisabeth). Les saints anargyres, dont la plupart furent des martyrs (tels saint Panteleimon, Cyr et Jean, Côme et Damien) ont, sous l'aspect de pratiquer gratuitement les soins médicaux, guéri de leur vivant les malades par leurs prières, et ne cessent après leur mort d'accomplir des miracles de guérison. Ces saints incarnent le mieux les paroles du Christ : « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement » (Mt 10, 8). Le terme de « thaumaturge » désigne les saints qui accomplissent abondamment des miracles. Il peut tout aussi bien désigner des saints hiérarques (comme saint Nicolas), des saints moines (comme saint Serge) ou des martyrs (comme saint Georges).

Il ne faut voir aucune gradation dans ces catégories de saints. Il n'y a pas un type qui soit plus saint qu'un autre. Ces différents groupes de saints expriment à la fois l'universalité de la sainteté - le fait que tout homme et toute femme soient appelés à devenir saints, et la diversité de la sainteté - le fait qu'il y ait plusieurs chemins qui mènent à la sainteté. Ayant autour de lui une « nuée de témoins » (He 12, 1), chaque chrétien trouvera non seulement un modèle qui lui correspond davantage, mais priera aussi un saint qui pourra le guider et intercéder pour lui dans la situation où il se trouve.

[1] Né à Montréal (Québec, Canada), le P. Job Getcha, prêtre et moine orthodoxe canadien d'origine ukrainienne, est diplômé de l'Institut de théologie Saint-André, à Winnipeg, de l'université du Manitoba (Canada), et de l'Institut Saint-Serge à Paris, où il est chargé depuis trois ans du cours d'histoire de l'Église. Il exerce également son ministère pastoral à l'église Saint-Serge, à Paris. Il est l'auteur d'une thèse de doctorat sur La réforme liturgique du métropolite Cyprien de Kiev, soutenue simultanément à l'Institut catholique de Paris et à l'Institut Saint-Serge, en juin 2003.

[2] Égérie, Journal de voyage, 16, 1, 4-6 ; 20,5 ; 21,1. (SC 296, Paris, 2002, p. 191, 195, 215, 223).

[3] L'hagiographie désigne la rédaction des vies de saints.

[4] Athanase d'Alexandrie, Vie de saint Antoine, 2, 3-4 (Paris, Éd. Du Cerf, coll. « Sources chrétiennes », n° 400, 1994, p. 133).

[5] Leurs vies sont racontées par exemple dans L'Histoire Lausiaque de Pallade, Le Pré spirituel de Jean Moschus, L'Histoire des moines d'Égypte, et dans les recueils de sentences et de vie des Pères (Paterika).

[6] Terme désignant l'occupation de l'Orient chrétien par les Turcs. On fait généralement commencer la turquocratie avec la prise de Constantinople par les Ottomans en 1453.

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