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Claude

La notion de martyre

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Théologie catholique et œcuménique

Le terme « nouveau » fait partie de la mode du jour. Dans une institution telle que l’Église détentrice d’une Tradition de 2000 ans, ne faut-il pas craindre que « nouveauté » soit le signe de rupture avec cette Tradition ? Il y a eu :

  • la Nouvelle Messe en 1969,
  • le nouveau bréviaire et les nouveaux rituels pour les sacrements dans les années soixante-dix,
  • une nouvelle traduction oecuménique de la Bible,
  • la nouvelle théologie dans l’esprit de Vatican II,
  • le Nouveau Droit canon en 1983,
  • le Nouveau catéchisme en 1992.

Il faut craindre désormais l’introduction d’une nouvelle conception du martyre. En ce début du XXIème siècle, voici les menaces qui pèsent sur le nouveau martyrologe.

La théologie catholique du martyre : On nomma martyrs, dans la langue de l’Église, dès les temps les plus anciens, les Chrétiens qui, durant les persécutions religieuses, souffrirent la mort pour la foi ou rendirent témoignage de leur foi en supportant des supplices la prison ou l’exil. Par la suite, on réserva le terme de martyrs aux seuls chrétiens ayant subi la mort, préférant celui de « confesseurs » pour ceux qui avaient connu la prison, les supplices, mais sans connaître la mort.

Les martyrologes sont les catalogues des saints martyrs, rédigés pour servir dans l’Église suivant l’ordre des jours du mois. Aux noms des martyrs se rattachent des notices biographiques, et y sont joints aussi d’autres saints qui n’ont pas été martyrisés : des confesseurs, des évêques, etc. Le martyrologe romain est universel : il renferme des saints de tous les pays. Il fut édité pour la première fois en 1586 par Baronius d’après les ordres de Grégoire XIII. Depuis, il a été revu par Urbain VIII (en 1630) et Clément X (en 1676). Il fut augmenté et corrigé par le pape Benoît XIV (en 1749). Sous saint Pie X (en 1910) et Benoît XV (en 1922) parurent de nouvelles éditions.

Le martyre est un acte par lequel on souffre librement la mort pour le Christ. C’est un acte de la vertu de force, car c’est la vertu de force qui affermit l’homme dans le bien et lui permet de résister aux dangers. spécialement à la mort... Il se rapporte à la foi comme à la fin qu’on se propose d’une manière inébranlable. Le martyre est un acte commandé par la charité, c’est elle qui lui donne sa valeur méritoire.

Il faut donc mourir pour la foi, ce qui comprend non seulement ce qu’il faut croire, mais aussi ce que la foi nous enseigne; il faut pratiquer la vertu. Ainsi, les oeuvres de toutes les vertus en tant qu’elles se rapportent à Dieu, sont des professions de foi, puisque c’est la foi qui nous fait connaître ce que Dieu exige de nous et récompense de telles oeuvres (saint Thomas d’Aquin). Le martyre suppose le témoignage rendu à la vérité divine, non à une vérité quelconque.

Pour constituer le martyre, il ne suffit donc pas d’accepter la mort pour une vérité connue par la raison (Benoît XIV cite les cas de l’existence de Dieu et de l’immortalité de l’âme, qui sont des vérités naturelles, mais qui ont une connexion intime avec la foi), ni pour un bien ethniquement bon. De plus, celui qui n’a pas la foi, ne peut mourir pour la foi. C’est le cas des hérétiques même s’ils meurent pour un point de doctrine commun avec la vraie foi, ils ne peuvent être considérés comme martyrs parce qu’ils n’ont pas la vertu surnaturelle de foi. Toutefois, si un hérétique se trouve « de bonne foi » dans l’erreur, s’il meurt pour un vrai point de foi, il pourra être martyr devant Dieu, mais pas devant l’Église, parce que l’Église ne juge que de l’extérieur et que, constatant l’hérésie externe, elle est réduite à conjecturer l’hérésie interne.

L’enseignement du Saint-Père : Il semble que Jean-Paul II défende cette notion traditionnelle du martyre. Dès le début de son pontificat, ce pape venu d’une « nation martyre », la Pologne, a été attentif à la persécution et au martyre. Nous trouvons des annonces de sa volonté de faire mémoire des nouveaux martyrs, de publier un nouveau martyrologe, d’en faire la mise à jour, tout au long de son pontificat. La cérémonie du 7 mai 2000 au Colisée, tout comme le nouveau martyrologe, sont depuis longtemps un désir de Jean-Paul II.

A Lourdes en 1983, dans son discours de la vigile de l’Assomption, après avoir laissé retentir quelques paroles du Christ Jésus contenant « le véritable évangile de la persécution », Jean-Paul II invitait les chrétiens à considérer toutes les souffrances du monde, mais plus spécialement « une détresse particulièrement flagrante, celle de ceux qui souffrent pour leur foi ». Il souhaitait alors « embrasser par la pensée et avec le coeur de l’Église tous ceux qui subissent des persécutions à notre époque » (discours du 14 août 1983).

Dans son encyclique « Redemptoris missio », Jean-Paul II affirmait avec simplicité sa foi dans le Christ et signalait que « les martyrs chrétiens de tous les temps et aussi de notre temps ont donné et continuent de donner leur vie pour rendre témoignage de cette foi devant les hommes... » Il expliquait que « le missionnaire ne se décourage pas ni ne renonce à son témoignage, même s’il est appelé à manifester sa foi dans un milieu hostile ou indifférent. La preuve suprême est le don de la vie jusqu’à l’acceptation de la mort pour témoigner de la foi au Christ » (7 décembre 1990).

Dans son encyclique « Veritatis Splendor » (6 août 1993), il développe la même idée : les saints et saintes de l’Ancien et du Nouveau Testament sont « reconnus tels pour avoir donné leur vie plutôt que d’accomplir tel ou tel geste particulier contraire à la foi ou à la vertu ». Dans la Nouvelle Alliance, on rencontre de nombreux témoignages de disciples du Christ à commencer par le diacre Etienne et par l’Apôtre Jacques qui sont morts martyrs pour confesser leur foi et leur amour du Maître et pour ne pas le renier. D’autres innombrables martyrs acceptèrent la persécution et la mort plutôt que d’accomplir le geste idolâtrique de brûler de l’encens devant la statue de l’empereur. Ils allèrent jusqu’à refuser de simuler ce culte, donnant ainsi un exemple du devoir de s’abstenir même d’un seul acte concret contraire à l’amour de Dieu et au témoignage de la foi ».

Même l’encyclique « Ut unum sint » (25 mai 1995) a une semblable considération en parlant du martyrologe. Le martyrologe « comprend aussi les martyrs de notre siècle, plus nombreux qu’on ne pourrait le penser, et il montre, en profondeur, que Dieu entretient chez les baptisés la communion dans l’exigence suprême de la foi, manifestée par le sacrifice de la vie ».Ce que l’on retrouve aussi dans la bulle indicative du Grand Jubilé de l’an 2000 : « Du point de vue psychologique, le martyre est la preuve la plus éloquente de la vérité de la foi » (Bulle « lncarnationis mysterium » du 29 novembre 1998).

Il semble donc que le pape expose la doctrine traditionnelle du martyre : le martyre est un témoin de la foi; son témoignage est commandé par la charité; son témoignage est public; il est aussi vrai que le martyre est une constante dans l’Église et féconde son développement.

Extension de la notion de martyre : Cependant, Jean-Paul II a l’habitude de considérer, surtout chez les martyrs du XXème siècle, plus la charité que la foi. Dans l’encyclique « Veritatis Splendor », il affirme que « dans l’Esprit, L’Église confesse par la bouche des Pères et des Docteurs la vérité du Verbe incarné; elle met en pratique les préceptes et la charité dans la vie des saints et des saintes et dans le sacrifice des martyrs ».On le voit la charité devient principale; le témoignage de la foi, la confession passe au second plan. Plus bas, dans le même document, il est dit : « La charité, selon les exigences du radicalisme évangélique peut amener le croyant au témoignage suprême du martyre ». La bulle indicative du Grand Jubilé est encore plus manifeste en déclarant que les martyrs « ont annoncé l’Évangile donnant leur vie par amour. Le martyre, surtout de nos jours est signe du plus grand amour et récapitule toutes les autres valeurs ».

Par cette importance exagérée donnée à la charité chez le martyr, on en arrive à atténuer son témoignage en faveur de la foi; son témoignage devient plutôt celui de la vérité : « C’est la vérité qui rend libre face au pouvoir et qui lui donne la force du martyre »; « le martyre est une proclamation solennelle et un engagement missionnaire usque ad sanguinem (jusqu’au sang) pour que la splendeur de la vérité morale ne soit pas obscurcie dans les moeurs et les mentalités des personnes de la société... Les martyrs par l’exemple éloquent et attirant d’une vie totalement transfigurée par la splendeur de la vérité morale, éclairent toutes les époques de l’histoire en y réveillant le sens moral » ("Veritatis Splendor" du 6 août 1993). Cette vérité morale est réduite au fait de la vie; c’est ce qui paraît affirmé dans l'Encyclique « Fides et Ratio » du 14 septembre 1998 :« le martyr, en réalité, est le témoin le plus vrai de la vérité de l’existence ».

Puis, de ce témoignage pour la vérité — vérité de l’existence —, donné par les martyrs, on étend le concept de martyr à tous ceux qui souffrent pour la vérité : « Il faut rendre témoignage de cette gloire non seulement aux martyrs de la foi, mais aussi aux nombreux autres hommes qui souffrent et donnent leur vie pour la vérité ou pour une juste cause. Dans leurs souffrances à tous est confirmée d’une manière particulière la haute dignité de l’homme » (Lettre apostolique « Salvifici doloris » du 11 février 1984). On réduit le témoignage du martyre à un témoignage en faveur de la « dignité de l’homme ». Le martyr devient un témoin de la foi en la dignité humaine ! Cela est confirmé dans les autres documents du pape : « Cette révélation de la liberté et donc de la véritable dignité de l’homme acquiert une particulière éloquence pour les chrétiens et pour l’Église persécutée... et il n’est pas rare qu’ils signent de leur martyre l’exaltation de la dignité humaine (Encyclique « Dominum et vivificantem » du 18 mai 1986) "Dans le martyre vécu comme l’affirmation de l’inviolabilité de l’ordre moral, resplendissent en même temps la sainteté de la loi de Dieu et l’intangibilité de la dignité personnelle de l’homme... Le martyre est donc aussi l’exaltation de l’humanité" parfaite et de "la vie" véritable de la personne » (Veritatis Splendor).

L’oecuménisme du martyre : Partant de ce témoignage du martyre en faveur de la dignité humaine, on en arrive à une nouvelle définition du « témoin de la foi » où il n’est plus question de la foi catholique, mais de la croyance en la dignité de l’homme.

Dans sa première encyclique déjà, Jean-Paul II affirmait : « Certes la limitation de la liberté religieuse des personnes et des communautés n’est pas seulement une douloureuse expérience pour elles, mais elle atteint avant tout la dignité même de l’homme, indépendamment de la religion que ces personnes ou ces communautés professent ou de la conception du monde qu’elles ont (« Redemptor Hominis »). Quelques années plus tard, comme nous l’avons vu, Jean-Paul II disait qu’il faut rendre témoignage « non seulement aux martyrs de la foi mais aussi aux nombreux autres hommes qui parfois, sans avoir la foi au Christ souffrent et donnent leur vie pour la vérité ou pour une juste cause. Dans leurs souffrances à tous est confirmée d'une façon particulière la haute dignité de l’homme » (« Salvifici doloris »). Oui, car pour Jean-Paul II, « dans ce témoignage rendu au caractère absolu du bien moral, les chrétiens ne sont pas seuls; ils se trouvent confirmés par le sens moral des peuples et par les grandes traditions religieuses et sapientiales de l’Occident et de l’Orient » (« Veritatis Splendor »).

Et pour Jean-Paul II, « le témoignage courageux de nombreux martyrs de notre siècle, y compris ceux qui sont membres d’autres Églises et d’autres Communautés ecclésiales qui ne sont pas en pleine communion avec l’Église catholique » est un facteur d’union puisque « le témoignage rendu au Christ jusqu’au sang est devenu un patrimoine commun aux catholiques, aux orthodoxes, aux anglicans et aux protestants, comme le notait déjà Paul VI dans son homélie pour la canonisation des martyrs ougandais » (Lettre apostolique « Tertio Millenio Adveniente »).

C’est dans cet esprit que, pour le Jubilé de l’an 2000, Jean-Paul II fit remarquer aux cardinaux « l’opportunité de préparer un Martyrologe contemporain qui tienne compte de toutes les Églises locales, et cela selon une dimension et une perspective également oecuménique » (Discours du 13 juin 1994). Car pour le pape, « l’oecuménisme des saints, des martyrs, est peut être celui qui convainc le plus » Lettre "Tertio Millenio Adveniente" du 10 novembre 1994).

Conclusion : Depuis le Concile Vatican Il, les livres liturgiques de l’Église ont connu une réforme radicale. Il ne restait que le Martyrologe qui n’avait pas été touché. Voilà maintenant chose faite ! Comme pour la Nouvelle Messe, la nouvelle traduction de la Bible, le nouveau catéchisme, etc..., le concept de « nouveau martyr » et le « nouveau martyrologe » ont cette saveur « oecuménique » très prononcée qui gâte tout.

Les martyrs ont toujours été considérés comme des témoins de la foi — de la vraie foi —, par la pratique héroïque de la vertu de force, et cela par un témoignage public de leur amour de Dieu. On ne peut donc pas être « martyr » sans avoir la foi au Christ. Aujourd’hui, après que la notion de « martyr » ait été modifiée, nous nous trouvons avec une liste de « nouveaux martyrs » qui sont, en réalité, des "témoins les plus vrais de la vérité de l’existence" (« Fides et ratio »), qui ont "signé de leur martyre l’exaltation suprême de la dignité humaine" (« Dominum et vivicantem »). On les trouve « non seulement chez les fidèles catholiques et chrétiens, mais aussi chez d’autres croyants » (« Redemptor hominis »).

Bref, le nouveau martyrologe, si l’on considère les éléments nouveaux, susceptibles d’appréciations fort diverses, qui paraissent sous-entendus ou affirmés par Jean-Paul II, s’éloigne de façon impressionnante dans l’ensemble comme dans le détail de la théologie catholique du martyre, telle qu’elle a été exposée par saint Thomas d’Aquin dans sa Somme Théologique (Ilallae, qu. 124) et formulée par le pape Benoît XIV dans son traité "De servorum Dei beatificatione et beatorum cananizatione".

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